mercredi 13 décembre 2017

Quatre soeurs, tome 3 : Bettina, de Malika Ferdjoukh


Auteur.trice.s : Malika Ferdjoukh
Éditeur.trice : L’École des Loisirs
Collection : Médium
Pages : 202
Date de parution : 2003
Genre.s : Jeunesse

Synopsis : Le printemps, saison du renouveau, des amours et des primeurs, éclate dans toute sa splendeur à tous les étages de la Vill'Hervé. Renouveau ? Oui. Harry et Désirée, les petits cousins, viennent passer des vacances au grand air. Charlie, à sec, s'est résignée à louer la chambre des parents. Le locataire s'appelle Tancrède, il est jeune, célibataire, drôle, fabricant d'odeurs bizarres. Et beau.
Primeurs ? Trop. On retrouve des poireaux nouveaux partout, dans la soupe, coincés dans un cadre de tableau et même dans le pot d'échappement de la voiture de Tancrède. Toujours lui.
Amours ? Hélas. Tancrède sème le trouble et récolte la tempête dans le cœur de Charlie. Bettina se languit du très très moche et si splendide Merlin. Hortense découvre que les règles peuvent être autre chose que "l'ovule non fécondé et les structures endométriales se font la malle, Chantal". Enid fait des confidences. Geneviève se tait. Et Mycroft, le rat, qui tombe amoureux à son tour…

Mon avis : C'était un plaisir de retrouver les cinq soeurs de la Vill'Hervé, jeunes orphelines entre 9 et 23 ans qui mènent leur petit bout de chemin. Cette fois, l'histoire se déroule au printemps, et Harry et Désirée, le petit cousin et la petite cousine, débarquent pour les vacances. Ainsi que des locataires non désirés amenés par Harry... et un autre locataire, choisi celui-ci, qui n'est d'autre que Tancrède qui va semer le doute dans le coeur de Charlie. Quant à Bettina, elle veut revoir Merlin. Hortense écrit des lettres à Muguette qui restent sans réponse... 

Dans chacun des livres, un tas d'intrigues se croisent sans avoir forcément de liens entre elles, et ce troisième tome n'a pas échappé à la règle... Un peu plus mature que les précédents, il y a de nombreux sujets qui sont abordés, et je ne préfère pas énumérer lesquels afin de ne spoiler personne. Je dirais juste que j'ai été très émue à deux moments, plutôt vers la fin du livre... 

J'avais été un peu déçue par le précédent, et celui-ci réhausse vraiment le tout. J'ai adoré rencontrer Harry et Désirée, qui apportent vraiment une touche d'humour supplémentaire, et Tancrède, personnage énigmatique et intéressant... 

C'est une jolie histoire assez touchante, avec des personnages attachants et des moments très drôles, qui a le mérite d'accrocher la lectrice adulte que je suis. 

15/20

mardi 12 décembre 2017

L'obscure clarté de l'air, de David Vann


Auteur.trice.s : David Vann
Traducteur.trice.s : Laura Derajinski
Éditeur.trice : Gallmeister
Collection : Nature Writing
Pages : 262
Date de parution : 5 octobre 2017
Genre.s : Mythologie

Synopsis : "Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines”. Ainsi est Médée, femme libre et enchanteresse, qui bravera tous les interdits pour maîtriser son destin. Magicienne impitoyable assoiffée de pouvoir ou princesse amoureuse trahie par son mari Jason ? Animée par un insatiable désir de vengeance, Médée est l’incarnation même, dans la littérature occidentale, de la prise de conscience de soi, de ses actes et de sa responsabilité.

Dans une langue sublime et féroce, David Vann fait une relecture moderne du mythe de Médée dans toute sa complexe et terrifiante beauté. Le portrait d’une femme exceptionnelle qui allie noirceur et passion dévorante.

Mon avis : Quel plaisir de retrouver la plume de David Vann ! D'autant plus que je l'ai rencontré il y a quelques semaines, et qu'il m'a dit qu'il était très fier d'avoir écrit ce livre et qu'il s'agissait de son préféré. Des paroles qui m'ont encore plus donné envie d'ouvrir ce nouveau roman. 

Tout d'abord, il y a quand même eu une véritable appréhension du fait que c'était une réécriture d'un mythe que je ne connaissais jusqu'alors que de nom. Alors, j'ai voulu prendre un peu mon temps. J'ai commencé par lire Médée d'Anouilh (même si j'aurais pu lire celui d'Euripide, je voulais quelque chose d'un peu plus "contemporain") et j'ai eu besoin d'une petite dizaine de jours pour lire L'obscure clarté de l'air

Comme je vous le disais, il s'agit d'une réécriture moderne du mythe de Médée, histoire que David Vann a située il y a 3250 ans. Médée est cette femme, prêtresse d'Hécate, assoiffée de pouvoir et de vengeance. Par amour pour Jason, elle sera prête à tout. Tuer son frère, trahir son père... 

Pour réécrire cette histoire, l'auteur s'est beaucoup informé, et l'avant-propos ainsi que les remerciements permettent de mieux comprendre comment il y est parvenu et ce qui lui a donné envie de faire ce livre. 

Si ce n'était pas David Vann, je n'aurais peut-être jamais lu ce livre - et, ainsi, jamais découvert vraiment l'histoire de Médée - et ça aurait été vraiment dommage. La plume de l'auteur est magnifique, très sombre, ce qui colle parfaitement avec l'ambiance du roman. L'écrivain, qui s'inspire des tragédies grecques pour écrire, a très bien réussi son travail. 

Médée est un personnage fascinant et terrifiant, que j'ai pu découvrir un peu plus en profondeur grâce à ces deux-cent et quelques pages. Cette lecture a été un peu plus laborieuse, mais j'en ressors enrichie, émotionnellement et culturellement. 

Je comprends tout à fait que David Vann soit fier de ce livre, c'est une jolie réussite ! Que vous connaissiez ou pas la mythologie, je vous invite chaleureusement à découvrir ce petit bijou.

16/20

jeudi 30 novembre 2017

Vous n'aurez pas ma haine, d'Antoine Leiris



Auteur.trice.s : Antoine Leiris
Éditeur.trice : Fayard
Collection : Documents
Pages : 139
Date de parution : 30 mars 2016
Genre.s : Témoignage

Synopsis : Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre dernier assassinée au Bataclan. Alors que le pays était endeuillé, à la recherche de mots pour dire l'horreur, il publiait sur les réseaux sociaux une lettre destinée aux terroristes intitulée Vous n'aurez pas ma haine. Dans celle-ci, il promettait à ces « âmes mortes » de ne pas leur accorder sa haine ni celle de leur fils de dix-sept mois, Melvil. Son message fait le tour du monde. Accablé par la perte, Antoine Leiris, journaliste de 34 ans, n'a qu'une arme : sa plume. L'horreur, le manque et le deuil ont bouleversé sa vie. Mais, à l'image de la lueur d'espoir et de douceur que fut sa lettre, il nous dit que malgré tout, la vie doit continuer. C'est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu'il nous offre dans ce témoignage poignant.

Mon avis : Deux ans après les attentats du Bataclan, j'ai eu envie de lire ce témoignage. Antoine Leiris a perdu sa femme, assassinée ce 13 novembre 2015 alors qu'elle était à un concert. Et, au lieu de céder à la haine, le jeune veuf a écrit une lettre ouverte aux terroristes, dans laquelle il disait, entre autres choses, "vous n'aurez pas ma haine". Il s'est également aussitôt penché sur l'écriture de ce qui est devenu ce livre. 

Parent d'un enfant de dix-sept mois, Melvil, qui comprenait bien que sa maman ne serait plus là, Antoine a dû apprendre à gérer la situation. Continuer à vivre. Il nous livre les quelques jours qui ont suivi le drame, et comment s'est passé son quotidien et celui de son fils. 

C'est un livre qui pourra parler à toute personne qui a vécu un deuil, parce que l'auteur parle très peu de l'assassinat en lui-même, il semble ne pas vouloir leur accorder d'importance. Ce qui compte, pour lui, et c'est normal, c'est que son amour n'est plus là et que sa vie a volé en éclats. 

J'ai trouvé que les mots étaient particulièrement bien choisis, emprunts d'une poésie et d'une délicatesse qui semblent crier au Monde entier la douleur qu'il éprouve et l'amour infini qu'il a pour Hélène. Il fait face, avec difficulté certes, mais il y parvient. Et surtout, il n'a pas le cœur rempli de haine, ce que j'ai trouvé admirable.

Ce témoignage est bouleversant, d'une part par le sujet qu'il aborde, mais d'autre part parce qu'il est très bien écrit. Ce que j'ai pu ressentir à sa lecture n'est qu'une infime et minuscule partie de la peine d'Antoine Leiris et de toutes les familles endeuillées. 

Il ne faut pas oublier qu'il y a des attentats tous les jours, pas qu'en Occident. Ce n'est pas parce que c'est loin que ça a moins d'importance. Il faut continuer à vivre, tout en pensant aux victimes, où qu'elles soient. Ne pas céder à la haine, la colère ou la peur est la meilleure des choses à faire. 

J'aimerais que tout le monde lise ce livre, il est si important. C'est criant de vérité.

16/20